De si bas, on ne peut qu'aller plus haut

Tout est à la baisse

À l’image de la société, la formation des Aides Soignants traverse une crise de grande ampleur. Une crise des vocations, avec un nombre croissant d’étudiants qui s’engagent dans cette profession uniquement par dépit. Une crise morale des institutions, qui envoient et imposent des candidats psychologiquement aux antipodes des valeurs soignantes dans les écoles. Enfin, une crise des formatrices, pour certaines désemparées, qui sont contraintes à supporter une politique de formation incompréhensible et nuisible à une bonne qualité des soins.
Trois faits assez rares sont à souligner :

  • des IFAS ferment leurs portes par manque de candidats
  • pour la première fois, le nombre de candidats aux concours d’accès baisse
  • le nombre de places de stages dans les hôpitaux, déjà précieuses, diminue à cause des mauvaises prestations des « nouveaux » étudiants

 

Un chômage des soignants qui explose

Prenons le cas de la Normandie. En 2016, ce sont pas moins de 9 instituts de formation que le Conseil régional de Normandie prévoit de supprimer en 2017. Cela dans un contexte de chômage accru pour les infirmiers et les aides soignants de province (où les places ont toujours été « chères »). 

« Cela fait deux ans que l’État, via l’Agence régionale de santé (ARS), alerte sur la nécessité de revoir le quota infirmier à la baisse, assure David Margueritte. Désormais, il ne s’agit plus seulement d’une volonté puisqu’un arrêté de réduction du quota sera publié au premier semestre 2017″. Normandie Actu, novembre 2016.

Il y a donc trop de candidats. Cela tombe à pic avec la baisse des candidats, me direz-vous. Sauf que la Région Parisienne continue de promouvoir la formation, secteur qui permet facilement de masquer la progression du chômage. Pendant ce temps, la hausse du chômage infirmier en Normandie depuis 6 ans est de +92% …

« Cette situation trouve son origine dans le gel du recrutement dans les établissements de santé publique par le gouvernement socialiste. Un gel voté par les députés et les sénateurs PS normand. »

Le problème n’est pas nouveau : l’origine remonte aux années 80 sous la présidence Mitterand avec l’explosion des formations courtes  (comme devenir architecte en 6 mois…) et des emplois d' »insertion » (comme vendeur de jus d’orange en kiosque public…). Faire baisser le chômage et donner une « activité » à tout le monde étaient de belles promesses, qui furent trahies par des projets voués à de redoutables désillusions… Qui ont conduit la France à une situation explosive. 

La profession d’Aide Soignant moins attractive ?

Souvenez-vous, sorti en 2011, le film Intouchable avec Omar Sy dans le rôle de l’immigré de la « cité » transformé en aidant au secours d’un bourgeois blanc handicapé enfermé dans sa tour d’ivoire, incarné par François Cluzet. Un triomphe international qui mettait enfin la lumière sur la profession (presque un acte de foi quand on regarde le film) d' »aidant ». Un film transformé en phénomène qui, au passage, était une jolie opportunité de proposer une possibilité d’insertion à une minorité africaine considérée comme défavorisée.
Six ans après, alors qu’Omar Sy est devenu une star hollywoodienne, les IFAS et classes de formation dans les lycées ont largement accueilli ce public ethnique dit défavorisé (qui pourtant en cours use et abuse de smartphones dernier cri). Un public poussé par Pôle Emploi à investir un métier « facile et d’accès rapide » mais qui trop souvent n’a ni le niveau scolaire, ni les valeurs de la profession qui, je le rappel, n’est justement ni facile ni rapide dans son apprentissage. Mais qui est le fautif : la femme qui doit travailler pour nourrir ses enfants ou l’institution étatique qui sert des manoeuvre bassement électorales ?
L’arrivée en masse d’Auxiliaires de Vie, qu’on différencie difficilement des traditionnelles Aides Ménagères, a transformé les lieux de cours et de stages en lieux de conflits ethniques et apprenants/professionnels. Un public qui, à défaut d’être « acteur de sa formation », survole une formation déjà raccourcie (la catastrophe des auxiliaires de vie en IFAS mérite un article à elle seule). Derrière ce déclin se cache la patte de l’action politique « progressiste » qui cumule les coups bas à une formation qui fut de haut niveau et permit au système de santé français de se classer parmi les meilleurs au monde.  
Petit scoop : une réforme prévue en janvier 2018 prévoit la mise à niveau IV de la formation, c’est à dire que le Bac serait exigé pour accéder à la formation.  Encore une fois, voici les terribles ravages de l’hypocrisie (ou schizophrénie ?) bien française qui consiste à soutenir en continue une immigration non qualifiée tout en fantasmant le prestige des diplômes post bac. Comme on peut le constater, la gestion de la formation en France est depuis 40 ans totalement absurde, et les IFAS, qui ont résisté longtemps, ne sont pas épargnés. Mais une telle situation chaotique surprend-elle à l’heure  actuelle ?
Aujourd’hui, sans doute que la formation AS peut faire fuir les meilleurs profils. En effet, certains étudiants mériteraient une très sérieuse prise en charge psychiatrique et sont pourtant repêchés par la Haute Autorité de Santé. À tel point qu’on peut légitimement se demander si  les meilleurs profils sont réellement recherchés. La profession est en danger et, à l’approche d’élections déjà bien assez chaotiques, les autorités se gardent bien de réaliser certains sondages d’opinion auprès des soignants. Les mois à venir nous diront si le système de santé français sera sacrifié à la médiocrité ou vivra une certaine résurrection…

 

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