Changer de vie : la reconversion professionnelle en 7 étapes

Face à l’administratif

Auparavant, une aide soignante pouvait rester 40 ans dans le même hôpital et 20 ans dans le même service tout en gardant le merveilleux souvenir des beaux moments vécu ensemble, avec ses collègues et sa hiérarchie. Mais les temps ont changé, et la retraite est devenue une délivrance face au stress, à l’incompétence insolente de ses nouveaux collègues, aux problèmes de survie de « son » hôpital…
Demain seront distribuées les dernières médailles du travail, car est venu le temps du changement permanent et de l’alternance. Alors que nos grands parents et parents ont connus le plein emploi dans un même emploi, nous vivons l’époque du CDD, des fusions d’établissements et de la volatilité et surtout d’une retraite toujours plus tardive. Rester 10 ans dans un même hôpital relève aujourd’hui du rêve (ou du cauchemar, c’est selon !).
Étant donné la situation instable et sans cesse en évolution du monde hospitalier, la reconversion professionnelle n’est plus perçue comme un échec mais comme une belle démonstration d’adaptation et de courage. Une manière de reprendre sa vie en main et une preuve qu’on a pas peur de l’inconnu. C’est aussi devenu un défi quasi inévitable si l’on ne veut pas se transformer en un soignant en souffrance, passé la cinquantaine. Avec les reculs du départ à la retraite, nous voilà poussés à réfléchir dés l’entrée dans la quarantaine à un futur nouveau projet professionnel, avec les risques que cela implique…

1 – Faire un constat réaliste

Une étude de l’AFPA d’octobre 2012 montre que 56% des actifs interrogés ont déjà changé d’orientation professionnelle. 61% de ces reconvertis attestent d’un meilleur épanouissement professionnel et 71% affirment que la reconversion leur a offert un nouveau départ dans la vie. Concernant le principal frein à la reconversion, chez 91% des personnes, c’est qu’elles sont satisfaites de leur vie professionnelle et pour 65%, la peur de ne pas retrouver un emploi.
Stress, burn out, lassitude, manque de considération, perte de sens, menaces de plans sociaux… autant de signaux d’alerte qu’il faut repérer et interpréter. Le constat de mal-être professionnel est la première étape du chemin qui mène vers la cohérence de son propre parcours. Être cohérent s’apparente à être en harmonie avec soi-même, à ne pas se mentir, ne pas se faire d’illusions non plus. Il vous faut reconnaître l’impasse, se dire qu’en étant réaliste, la situation n’ira clairement qu’en se dégradant. Attendre, encore et encore, ne rendra la vie que plus difficile. Ce constat nécessaire vous invite à rechercher des solutions et à agir, pour éventuellement changer de voie (car ce n’est pas toujours possible).

2 – Sélectionner un métier le plus proche de votre « idéal »

Le constat est sans appel : il vous faut donc changer de métier. Un travail c’est pour manger, un métier c’est pour vivre. Mais quelle est l’ampleur du changement à mener ? Pour faire quoi ? Une reconversion professionnelle n’est-elle pas disproportionnée ? Quelles sont les autres options ? Quel est ce fameux « job idéal », comme si vous seriez passé à côté toute votre vie ? Un métier qui satisferait vos envies tout en prenant en compte l’ensemble de vos besoins (passion, organisation, revenus… ). A ce stade, une réelle introspection est nécessaire. Il s’agira d’identifier ses aspirations, de se libérer de ses croyances, de changer son regard sur soi et sur le monde, puis de générer des idées motivantes et positives.
Prenez des feuilles blanches, un stylo et listez dans un certain ordre vos compétences d’un côté et vos désirs de l’autre. Mettez en balance vos rêves et la réalité. Faites le grand tri du possible et de l’impossible, du « réalistes » et du « réalisables ». Une reconversion professionnelle réussie passe par la maîtrise de cette étape essentielle. Évitez les conseillés de Pôle Emploi, la plupart du temps moins bien compétents que vous même dans ce domaine.

3 – Prendre sa décision

Vous avez maintenant imaginé un ou plusieurs projets de reconversion professionnelle. La prochaine étape sera la prise de décision : changer de vie ou non ? Quel projet choisir ? Comment être sûr que le projet identifié est le bon projet ? Des associations peuvent vous aider : l’AFPA est une merveille française hautement qualifiée dans la reconversion professionnelle. J’ai moi-même intégré une formation de cet organisme par le passé, et je dois avouer que même si j’ai arrêté cette formation qui ne me correspondait pas à l’époque, j’en garde d’excellents souvenirs et j’ai beaucoup appris sur moi même et mes défauts. C’est le moment de se projeter dans chacune des options envisagées, de vous renseigner sur internet mais surtout de tester sur le terrain, d’échanger avec des professionnels du secteur que vous convoitez. Voyez cette étape comme la mise en appétit, de la gourmandise ! Ayez de l’enthousiasme pour vous même !

Ensuite, il s’agira de prendre une décision en prenant non seulement en compte un ensemble de critères rationnels bien identifiés (trajet, revenus, activité, possibilités d’évolution, impacts sur l’entourage, etc…), mais également en apprenant à s’écouter (le fameux « première choix » est souvent le meilleur).

4- Dépasser la galère administrative

Félicitations ! Vous venez de franchir le Cap de la décision ! Vous avez identifié votre voie et vous êtes motivés pour vous lancer dans l’aventure de la reconversion professionnelle. Reste à avancer avec méthode et à éviter quelques pièges.

Apprenez donc à vous fixer des objectifs pertinents, à transformer votre projet en plan d’action efficace, à mobiliser votre entourage (qui peut être surpris voir opposé à votre projet), à rester optimiste et dynamique. Choisissez également la meilleure transition avec votre travail actuel (démission, congé formation, licenciement, rupture conventionnelle, congé pour création d’entreprise, etc…). Vous allez retrouver la galère administrative française : elle vous poursuivra de toute façon toute votre vie, il faudra vivre avec.

Repérez les sources de financement et élaborez un montage financier intelligent (Fongecif, chômage, ARCE, aides, économies, temps partiels, ses propres économies pour une autonomie idéale…). Choisissez la formation la plus adaptée, la plus réputée dans son domaine, et pas forcément celle qui nécessite pour vous le moins de sacrifices. De nombreux organismes publics sont à votre disposition (aux noms plus obscurs les uns que les autres) mais sachez une fois encore que dans cette France sclérosée par la bureaucratie et les privilèges, solliciter l’aide des services publics s’apparente à une randonnée périlleuse réservée aux plus experts ! Dans fonctionnaire il y a « fonctionner », alors ne vous épuisez pas à attendre de l’humanité dans les services publics… Il vous faudra peut être aussi revoir vos ambitions à la baisse, afin d’éviter toute frustration.

5 – Partir à la découverte des professionnels

 

Prenez le temps de construire votre propre vision et de collecter les ressources qui vous permettront d’avoir foi dans votre projet de vie. Parcourez les sites web et revues professionnelles, visitez les salons professionnels, déplacez-vous aux quatre coins de la France s’il le faut, échangez avec des artisans, des patrons et les salariés des PME, avec des coach, des formateurs… Discutez, parlez, riez, enthousiasmez-vous : vous aurez là une opportunité de construire un nouveau réseau professionnel ! Mais pensez à prévoir un budget raisonnable à ne pas dépasser afin de ne pas dépenser sans compter. Réjouissez-vous : vous êtes enfin passé à l’action !

6  – Sélectionner et valider son model de formation

De nombreuses personnes réussissent une réorientation tous les ans, vers plus d’épanouissement et de cohérence. Vous avez intégré le mouvement ! Mais attention : le choix du bon organisme ou du bon employeur sera déterminant. Vous êtes déjà un professionnel, vous en avez déjà bavé pour arriver où vous en êtes et il n’est pas question de tout « recommencer à zéro » : vous avez des conditions, des exigences qui doivent être respectées. Vous serez un nouvel apprenti, oui, mais avec un bagage en or !
Vous aurez peut être du mal à entrer dans la peau d’un « étudiant » ou d’un « apprenti », vous devrez (à nouveau) vous remettre en question, intégrer un groupe, tolérer les différentes personnalités, être confronté aux différences d’âge, de parcours de vie…
Ne regardez que le côté enrichissant de cette aventure – à moins d’avoir fait le mauvais choix, ce qui est encore possible – et pensez déjà à l’après, qui arrivera bien assez tôt. Votre objectif : réussir, mais réussir bien, voir très bien et selon vos critères initiaux.
J’ai moi-même changé de vie il y a maintenant 12 ans : j’ai tout d’abord tenté une expérience dans le domaine social, qui m’a permit de me dire que, décidément, l’assistanat social ne correspond vraiment pas à mes valeurs. J’avais besoin de me sentir concrètement utile et d’obtenir de la reconnaissance. Je me suis donc donné l’opportunité de choisir une école d’Aide Soignant prestigieuse (l’IFSI de La Pitié-Salpêtrière) tout en étant indemnisé par l’activité que j’avais quitté et j’ai brillamment traversé cette longue et riche année de formation qui restera gravé en moi toute ma vie. J’ai pu intégrer rapidement la Fonction Publique Hospitalière, être ainsi cajolé par ma banque puis j’ai pris le risque de rejoindre le privé, avec autant de bonheur.  Durant mes 12 années d’exercice, j’ai pu me sentir utile et obtenir la reconnaissance des patients et de mes pairs dont je rêvais.
Au moment où j’écris cet article, j’ai bien conscience que travailler jusqu’au départ en retraite (à 64, bientôt 70 ans ?!) dans les conditions générées par les effets perverses de la T2A (Tarification à l’Activité) est difficilement envisageable.
Un bon soignant est un soignant épanoui : seule la reconversion permet de ne pas devenir un malade qui s’occupe d’un autre malade. 
 

7 – Entrer dans sa nouvelle vie


Réaliser un Projet Professionnel réalisable est enthousiasmant : c’est avant tout un chemin de vie, c’est savoir prendre la bonne décision au bon moment et finalement se lancer, en ayant adopté la meilleure stratégie pour concrétiser son changement de vie professionnelle. C’est savoir s’entourer de personnes bienveillantes et qui possèdent le réel savoir-faire dont vous avez besoin. C’est une transmission des savoirs qui se poursuit vers vous et un jour c’est vous qui la dirigerez vers les autres.

Alors, jeunes et moins jeunes, prêts à briser vos chaines ? 

 

Group of happy senior citizens with their hands raised over white

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