Aide-Soignants : vous ne changerez plus jamais d'employeur


Mon premier « coup de gueule » cible les DRH (Directions des Ressources Humaines) avec la problématique de candidater dans un nouvel hôpital. Comme vous le savez, si vous avez lu l’À Propos, je suis un Aide-Soignant expérimenté, encore jovial et dynamique et qui sait ce qu’il vaut. Hé bien accrochez-vous, futurs soignants expérimentés au delà de 5 ans d’expérience, n’imaginez même plus partir rempli d’enthousiasme à la conquête d’un nouvel employeur : VOUS êtes déjà l’élément perdant ! Une France qui se dit « En Marche », mais qui marche en fait sur la tête depuis les 3-4 dernières années…

Constat 1 : homme, plus un atout du tout

Il y a 8-10 ans de cela, un homme c’était la perle rare très recherchée à l’hôpital. Élément pourtant reconnu comme apaisant, exotique (érotique ? Non, je plaisante:-)) dans un monde soignant à 90% de « filles » qui les réclame pourtant ces hommes (à corps et à crie ? Non, je plaisante encore :-)) En effet, ce sont les femmes qui le disent : trop de femmes entre elles, aïe aïe aïe… Hé bien maintenant, un homme c’est une femme comme les autres ! Au niveau de la DRH, aucun égard particulier, à peine une micro différence insignifiante. Même si sur le terrain, c’est vrai qu’on les répare en 2 secondes les machines, on les déride rapidement les situations les plus tendues ; c’est souvent nous qui lançons les discussions sur autre chose que le travail et la coloration ratée des autres au self, on parvient même à casser les conflits interminables de ces furies de « filles », et en plus on supporte les 50 « salut les filles » par jour… Le salaire proposé au soignant mâle est désormais aussi minable que celui des « filles » et les contraintes identiques (c’est dire l’humiliation totale !), Une régression sociale, finalement, pour un homme plus habitué à la lutte sociale en faveur de l’amélioration des conditions de travail de tous plutôt qu’à une totale soumission féminine à une (paradoxalement) très virile Direction.
Futurs diplômés, vous voici prévenus : seul le fait de ne pas (encore) tomber enceint rend votre candidature à priori aussi valable que celle d’une « fille » ! Il serait temps de replacer la candidature masculine à la place qui lui est due : rare donc précieuse !

Constat 2 : expérimentés, ne changez rien

Vous voulez « évoluer », « découvrir » autre chose, apporter tout votre « savoir faire » et « savoir être » dans une institution différente, qui vous stimule et vous offre plus d’opportunités ? Hé ben loupé : pour progresser avec un bon salaire à la clé, changez de métier ! Ces dernières années, rares sont les embauches directes sur CDI : faut passer plusieurs fois par la case CDD ! 30 ans d’expérience, des évaluations annuelles en béton armé : nul ! Retour à la case départ ! Les DRH ne regardent même plus les évaluations annuelles, jadis indispensables pour jauger de la qualité du candidat. Une promesse d’embauche : n’y pensez même pas puisqu’avec le CDD d’office, vous venez de mettre un pied dans la précarité. Inimaginable dans la plupart des professions, chez les soignants c’est la nouvelle donne. Le coup de massue. Déjà que le diplôme est littéralement bradé depuis l’accès accéléré à notre formation aux Auxiliaires de Vie (pour la plupart inadaptées à la profession hospitalière) et que la formation est devenue insensée en fustigeant les « glissements de tâches » bien français dans leur parfaite hypocrisie, avec ce nouveau management vers le bas, l’expérience devient invisible, non évaluable donc n’intéresse pas ! Dans un institut parisien malheureusement trop bien connu, une infirmière recyclée dans le recrutement a même été jusqu’à me dire que « je ne peux pas juger de votre compétence puisque je ne vous voit pas travailler dans les services ». Hé ben qu’elle y retourne dans les services, elle pourrait évaluer la qualité de son propre travail de recruteuse ! Et ça ferait le plus grand bien au management que d’observer et reconnaitre le vrai travail productif sur le terrain ! C’est ce que faisaient d’ailleurs les cadres supérieures avec le plus grand talent avant qu’on ne les arrache de leurs services pour les faire tourner en bourrique sur des « pôles » entiers avec pour conséquence un inexorable burn-out… On parle de libéraliser le travail, hé bien que cela passe d’abord par la revalorisation des salaires là où ça travail réellement, et pas dans des emplois vains qui abîment les cadres !
Après des décennies de plein emploi enthousiasmant, les soignants confirmés seraient donc contraints d’accepter de travailler plus pour gagner aussi peu qu’une jeune diplômée ? Notre chère Ministre de la Santé devrait s’imaginer dans une situation pareille…

Constat 3 : travailler toujours plus pour encore moins

En m’orientant vers le privé, j’ai appris à parler en salaire annuel NET et non en brut, et à tenter de négocier. Sauf que, pas de chance, je suis soignant et que chez nous, on ne négocie que des bouts de chandelles : +50 Euros au plus ! Et il faudrait désormais s’estimer heureux qu’on vous reprenne 100% de l’ancienneté : certains DRH proposent carrément d’en sacrifier 70%, instaurant ainsi un perpétuel abaissement de salaire pour, qui sait atteindre le zéro Euro de salaire au bout deux changements d’hôpital !
Encore dernièrement, j’ai eu toutes les peines du monde à obtenir un montant annuel NET auprès d’une DRH. Du brut, toujours du brut, alors que les cotisations vont jusqu’à ponctionner 25%, soit 1/4 du salaire brut ! Avec des loyers à pas moins de 800E et un cout de la vie qui ne cesse d’augmenter (merci l’Euro…), un salaire de 1500E net soit 20 000E nets annuels en incluant des primes n’est pas un luxe, d’autant qu’avec cette maudite T2A les cadences de travail et la désorganisation générale des services épuisent toujours plus le personnel.
Encore récemment, dans une autre institution réputée pourtant riche, je redemandais par précaution si les 22 000 E indiqués par la DRH (et sa maudite grille salariale qui préserve « l’équité ») sont bien en net. J’ai failli m’étouffer : ce n’était pas un gag mais bien un montant en brut ! Décidément, à ce rythme il va falloir penser à travailler gratuitement si on veut aller voir ailleurs… J’ai travaillé dans l’édition, jamais je n’aurais imaginé accepter un nouveau travail pour gagner moins ! Les salaires se basaient sur le profil, avec des bonus à la clé, bref comme ça se passe partout SAUF à l’hôpital. Ah oui, j’oubliais : estimez vous heureux d’être payés, les bonnes soeurs faisaient le même travail que vous et bénévolement ! Oui, y a quoi, un siècle ? Parce qu’au 21ème siècle, les labos et autres industries et secteurs tertiaires se font un max de fric sur la maladie et la souffrance, et que des millions de cadres ne produisent rien, en font peux mais gagnent plus qu’ils n’en n’ont besoin, au point de spéculer en bourse. Puis excusez moi mais à ce petit jeu là, on pourrait parler des banquiers qui n’existaient même pas avant…
Résultat des courses : pour gagner plus : restez en place ! Pas de mobilité, pas de prise de risque. Devenons fonctionnaires à vie accrochés à notre poste !

Conclusion : le changement, c’est pour … après après demain ?

Je caricature (évidement, c’est plus parlant) :

Si vous êtes un professionnel confirmé, ce qui à l’hôpital signifie à partir de 2 ans d’expérience (sic), que vous avez un parcourt exemplaire, un relationnel et une technique d’enfer, alors vous ne valez actuellement pas mieux que la première feignasse sortie de promo, collée à son smartphone et qui regarde bêtement son patient qui s’étouffe sous ses yeux nébuleux…

Cette connasse de maltraitante, que je nommerais Kevina, débute à un salaire déjà pas terrible, aux alentours de 1200-1300E. Elle pense avec nostalgie à son ex-boulot de caissière, bien mieux payé et moins « reloud ». Hé bien, Ô joie du Système français, cette fille dangereuse devra rester, tout comme l’ancienne génération aujourd’hui à la retraite, 40 ans dans ce même hôpital si elle veut conserver son pouvoir d’achat et éviter l’humiliation d’un DRH des temps modernes ! Ce sera donc 40 ans de maltraitance et de reculade dans la qualité des soins ! Vive la République Française !
Le MEDEF nous avait prévenu par l’intermédiaire de nos gouvernements qui ont voté toutes les lois en défaveur du pouvoir financier du salarié…

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