Soignant en France : le mépris

Film d’horreur à l’Hosto

Je voulais le faire, l’actualité m’a rattrapé : le hashtag #balanceTonHosto () a finalement été créé par d’autres ! Après 13 ans de travail à l’hosto public et privé, d’intérims en Ephad, en maisons de retraites et à domicile, voilà l’inventaire que je peux faire de ce « milieu paramédical » en 2018 :
Suiçides, burnout, turnover infini, cadres dépressives, salaires honteux des infirmières et minable des Aide-Soignantes, horaires de travail anormaux, harcèlement moral, crêpages de chignons, maltraitance institutionnalisée, manipulatrices en liberté, sexisme envers les hommes, réduction de nourriture, de fournitures et de personnel, grèves ratées, déficits abyssaux,détournements d’argent par des directeurs et leurs adjoints, vacations en plus du travail pour payer ce qui reste, syndicalistes planqués, outils informatiques ratés, infrastructures usées, heures de repas inhumaines, plateaux repas bas de gamme, familles de patients procédurières, patients agressifs, DRH venu de Danone ou d’Ikea… Liste non exhaustive !
En 2007, un hôpital pouvait attendre des mois une nouvelle recrue et reprenait son ancienneté à 100% (ce qui parait normal, non ?). Aujourd’hui, qu’un soignant soit expérimenté et particulièrement dynamique et bien évalué importe peu. Comme je le signalais déjà dans un précédent article, les Ressources Humaines (RH) ont désormais pour seul critère que les candidat(e)s ne leur coûte pas plus de 1300 euros nets par mois, quitte à ne reprendre que 30% de l’ancienneté. Voici donc le triste résultat de plusieurs années intensives d’ultra-libéralisation du secteur paramédical (les médecins et chirurgiens s’en portent financièrement plutôt bien, tant mieux pour eux). En France, pays champion des anti-dépresseurs, les responsables politiques n’ont que mépris pour les soignants. À partir de ce constat, peut-être vaut-il mieux fuir et tenter sa chance ailleurs, vers le bon, le bien et le plus juste ? Changer de métier.

Se sauver du naufrage, avant tout

L’hôpital et le paramédical en général est un domaine qui, en contrepartie d’une usure inévitable tant moral que physique, devrait pouvoir continuer à offrir bienveillance et considération. Quand l’estime de Soi est abimée par une souffrance au travail trop envahissante, il est temps de faire tomber les protections, les défenses qu’on a édifié inconsciemment, et de partir. Partir, car il n’y a pas qu’un seul chemin en ce monde, il y en a des milliers ! C’est ce que je fais, et en une phrase je dirais à cet horrible Hosto qui fut un bel amour (mais pas l’Amour de ma vie, apparement) :

Je ne t’aimes plus car tu as trop changé et en mal. Tu m’a usé et abusé sans merci. Que d’autres victimes s’épuisent à ton service (à ton asservissement). Je veux avancer, évoluer et jouir de la vie ! Hosto, c’est moi qui te balance !

Quand j’ai écris sur ce blog un article sur la reconversion professionnelle, j’avais certainement deviné (inconsciemment) que mon tour viendrait plus tôt que prévu. Car à quoi bon végéter dans un métier dégradé au point de dégouter ? La vie est courte, notre monde parait plus anxiogène que jamais, alors ne vaudrait-il pas mieux vivre vraiment, en harmonie avec ses compétences, ses dons et ses valeurs ? Je vous invite donc tous, vous les salariés en souffrance ou tout simplement vous créatures sensibles et avides de changements, à lire cet article sur la reconversion, et envisager sérieusement de vous faire aider. Soigner, c’est une chose. Prendre soin de Soi en est une autre, et c’est la plus importante qui soit.

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