5 mots pour décrire le film Le Phare

Submergés par les blockbusters ?

Pster film Le Phare The Lighthouse 2019Au bout du 56è blockbuster, les Marvel, les anime, les films d’action… Toute cette industrie frénétique hyper formatée finit par ne plus surprendre. Un beau jour, on a envie de plus de sobriété filmographique. Je veux qu’on m’étonne, sortir de ma zone de confort. Je ne suis pas un petit podling* qui se ferait drainer l’essence vitale par un écran qui tourne en boucle ! Faire un rebboot. Le moment de se faire une petite toilette cérébrale finit par s’imposer. Je vais donc vous faire ma critique du film Le Phare de Robert Eggers.

Se ressourcer aux sources du cinéma, c’est flirter avec la passion, la beauté, l’essentiel. Si le cinéma d’auteur n’est pas toujours digeste, il y a heureusement ces films dans la catégorie “OFNI” (Objets Filmés Non Identifiés). Le Phare (The Lighthouse) de Robert Eggers fait partie de ce cinéma Alien. Présenté comme un film d’épouvante, en opposition aux films gores, il est sensé terrifier sans jamais verser dans la facilité ni l’hémoglobine.

Très attendu par les cinéphiles, le Phare a été présenté à la Quinzaine des Réalisateurs en 2019 et a été nominé aux oscars pour sa photographie (tellement remarquable que je n’en parlerais pas). La promotion du film tient dans le seul Pitch : « L’histoire hypnotique et hallucinatoire de deux gardiens de phare sur une île mystérieuse et reculée de Nouvelle-Angleterre dans les années 1890 ». Le film s’annonce donc particulièrement excitant : un format carré, du noir & blanc et la confrontation de deux acteurs monstres : Willem Dafoe et Robert Pattinson. En fait, il y a trois acteurs dans ce film atypique : Valeriia Karaman, dans le rôle de la sirène, fait quelques brèves apparitions. Vous avez bien lu : seulement trois acteurs. N’ayant pas vu The Witch du même réalisateur, je ne pouvais pas comparer cette œuvre à une autre. Au final, 1h49 en face à face avec deux monstres, ça passe ou ça casse ? Histoire de mettre un peu d’originalité dans ma critique, j’ai choisi spontanément 5 mots pour décrire mes impressions sur le film.

Tempête

Aucun autre mot ne décrit mieux le film. Elle est omniprésente, elle gronde et noirci le tableau. La tempête emporte tout. Elle vous arrache et vous fait glisser vers un abîme au fond duquel attend une grande gueule dégoulinante, prédatrice. Après son passage, ne reste que saleté, décomposition et plus aucun signe de vie. Autant j’aime le calme de la mer, la bleue méditerranéenne, autant l’océan en furie m’a toujours angoissé. Amis bretons, je l’aime aussi cette mer, mais je la préfère sereine, en mode long fleuve tranquille. Pourtant, le film parvient à rendre la tempête fascinante, vivante. Il n’y a pas de monstre des mers : c’est la mer le monstre. Un film retranscrit, à mon humble avis, parfaitement la monstruosité des océans, le côté finalement absolument épouvantable de la nature. Un film phare donc !

Homme

Robert Pattinson dans Le Phare The Lighthouse 2019
Qu’est vraiment venu chercher le jeune gardien de phare ?

Nous avons affaire ici à du cinéma mâle, certainement passionnant pour les femmes qui veulent connaître la vraie nature de l’homme. Toute la condition d’homme (et non pas d’humain) est ici révélée. Rien n’y manque : sueur, salive, sperme, pipi, caca, loyauté, violence, autodestruction…  Nous assistons à une confrontation virile autour d’une flamme (celle du phare), autour d’une femme (la sirène). Seuls témoins du carnage : les mouettes, ces petites demoiselles blanches comme les anges mais toutes aussi hostiles que l’océan… Bref, la condition masculine des deux protagonistes nous plonge dans l’éternel combat entre le déferlement impudique de testostérone et les effluves d’œstrogènes marines. Le sexe et la séduction sont omniprésents dans ce film mais toujours suggérés et malheureusement synonymes de déchéance.

Alcool

Abuser de l’alcool c’est mal. On le savait, maintenant on pensera au film à la première tentation. Qui dit film de marin dit film de beuverie. Est-ce d’ailleurs de l’alcool dont il s’agit ? Ne serait-ce pas en réalité de l’eau de vie, de l’eau de l’océan ? Pire, de venin ? Les deux hommes se livrent à une course sans limite, où la boisson déborde comme les vagues déferlantes sur des rochers déjà morts. Oui, Le Phare ne donne pas envie de boire jusqu’à la lie cet abjecte substance capable de transformer n’importe qui en limace rampante retirée du monde.

Acteur

Robert pattinson et Dafoe dans Le Phare The Lighthouse 2019
Une des plus belles scènes du film avec une photographie sublime.

Les deux acteurs sont extraordinaires. Chacun totalement investi dans un rôle plutôt répugnant, ils ont pris des risques. Robert Pattinson, c’est la star des Harry Potter et de Twillight. Un acteur clean que Robert Eggers passe à la machine à dérouiller pour notre plus grand bonheur. Je me suis dit : ce type est devenu un très grand acteur. Son personnage est terriblement attachant.

Willem Dafoe est un monstre sacré du cinéma. Commerciale ou expérimentale, sa filmographie est tout simplement remarquable (Platoon, Existenz…). Une scène assez révélatrice de son abnégation d’acteur m’a tout de même choqué (pas de spolier, promis). Je ne sais pas si la scène a été filmée réellement ou avec des effets spéciaux mais si c’est réel, ce type est vraiment allé au bout du raisonnement. Terre, mer, ciel : tout cela ne serait qu’abîme infernale ?

Son

La bande sonore du film le Phare de Robert Eggers intrigue, attire le spectateur. Mark Korven a réalisé pour ce film une musique puissante et lancinante. Si la lumière du phare attire l’homme, le son fait aussi son miel avec les abeilles que nous sommes. Après ça, vous me demanderez : mais quels sont les défauts du film ?

Les défauts du film ?

L’unique défaut que j’ai pu trouver au film, c’est l’unique élément féminin : la sirène. Il faut dire que la sirène, c’est un peu comme Godzilla : on se demande comment une créature aussi “weirdo”, improbable et franchement ringarde continue à alimenter les scénarios. Le Phare est certes un film de marins mais les sirènes, ça ne fonctionne tout simplement pas. De plus, l’actrice fait dans la caricature, et on la comprend. Quelle actrice a réussi à être crédible dans le rôle d’une sirène ? En 1984, Daryhil Hanna y serait parvenu dans Splash… si ce n’était Disney qui produisait le film… La sirène, limite grotesque, n’apporte rien au film, et c’est dommage. Heureusement, ses apparitions restent brèves.

Le dernier mot

Mes 5 mots reflètent assez bien le propos du film :  le rapport de l’humain dans toute sa misère au mystère marin. Ce phare agrippé à ce rocher entouré de tourmentes, ne serait-ce pas l’homme qui s’isole du reste du monde dans l’unique but de se soumettre totalement à cette ultime féminité marine ? Une nature implacable, sans aucune pitié et vengeresse. À méditer en ces périodes d’excitations climatiques où tremblements de terre, inondations et maladies nous renvoient à notre misérable condition humaine… Pour autant, rassurez-vous, je ne suis pas sorti du film déprimé, bien au contraire ! J’ai eu ce que je suis venu chercher : de la profondeur et plein de bonnes surprises. Le divertissement, c’est aussi ça.

 

* Cf le film de Jim Henderson Dark Crystal

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