Malt ou les freelances face aux algorithmes

C’est la crise (sanitaire, économique et sociale, rien que ça !). Une période propice à la réflexion. Graphiste, j’ai grandi avec le numérique, qui gère aujourd’hui la totalité du quotidien du freelance. Vous connaissez certainement Malt, la plateforme qui met en relation quelques 30 000 entreprises avec 180 000 freelances. De la petite PME aux grandes entreprises du CAC40, Malt offre un panel de clients assez large à des milliers de freelances. Des freelances développeurs, data scientists ou encore graphistes (et aussi motion designers). Devenue presque incontournable, Malt peut s’appuyer sur une solide base de donnée. Être en capacité de donner du travail à autant d’acteurs, c’est compliqué. Mais Malt a une arme, et elle n’est pas secrète.

Malt freelance
Malt et son logo « machine à laver »

Un algorithme qui rêgne en maître

Après la gestion du CV et des mots de passe, s’est imposée à chacun de nous la gestion de son « profil ». Un profil composé de mots clés à choisir méticuleusement et à prioriser avec l’habileté d’un Google (si possible). Malt est transparent à ce sujet : l’algorithme utilisé se base sur les mots clés populaires, les recommandations et les contrats remportés. Nous sommes de toute évidence face à un système de compétition où seuls les plus fins connaisseurs de SEO (Search Engine Optimisation) peuvent sortir de la masse. Tel Youtube, Malt vous catégorise, vous classe et vous met plus ou moins en lumière selon les scores du moment. On pourrait rapprocher ce phénomène des compétitions entre agences publicitaires dans les années 1990-2000, mais les forces en présence sont des individus isolés qui sont pour la grande majorité auto-entrepreneurs, donc potentiellement vulnérables. Il suffit de constater l’impact du confinement sur l’activité des freelances. Derrière l’usage d’un algorithme qui décide de l’attribution d’un travail, la personnalité du professionnel parait passer au second plan. Du moins jusqu’aux toutes premières commandes, qui le verront enfin récompensé.

Freelance, qu’es-tu pour Malt ?

Malt a des avantages indéniables :

  • centralisation des tâches : auto-promotion, devis, contrats, paiements…
  • pas de défaut de paiement
  • nouveauté : possibilité de découper ses missions, la commission sera alors plus faible. On peut contracter avec des clients hors plateforme
  • commission pas si élevée que ça : 5% (hors TVA) après 3 mois
  • communautés (Malt Academy, groupes FB)

Les inconvénients sont surtout liés au système de valeurs. Malt suit un système de notation permanente de la personne ‘indépendante » en recherche de travail. Un travailleur indépendant peut facilement passer d’une relative abondance à la précarité. Le freelance risque de dépendre de plateformes transformées en station d’aiguillages du travail disponible (avec une commission au passage). Imaginez un jeune freelance (ou un senior débutant dans une spécialité), qui bossent comme des damnés et s’extériorisent dans la relation client. Ils se retrouvent freinés depuis le confinement dans la constitution d’un « réseau » réel (je ne parle pas d' »amis » sur FB). Tout ce qui a fait le charme des métiers de la communication est en passe de disparaître derrière la fumée d’un écran. La prospection devient passive, il suffit de remplir un formulaire, d’attendre le freelance « idéal » désigné pour le client. Est-ce l’avènement d’une néo bureaucratie du travail, issue de l’ancien monde mais en version digitalise ?

« Tout ce qui a fait le charme des métiers de la communication est en passe de disparaître derrière la fumée d’un écran »

Le Freelance inscrit sur Malt est évidement présent sur d’autres plateformes car il a bien compris que les mois peuvent passer sans aucune proposition. Une demi journée à retravailler la SEO peut améliorer le profil, et les premières demandes de devis enfin arriver et se concrétiser. C’est ce que je souhaite à tout freelance quel que soit sa spécialité. Toujours est-il que ces confinements assez inhumains que nous subissons nous donnent du temps pour réfléchir et analyser plus finement la situation. Si pour Malt un freelance ressemble à une variable d’ajustement de son algorithme, dans la mythologie du travail indépendant la relation humaine tient la première place. C’est d’ailleurs le socle de la Communication.

Ma présence sur Malt

Mais soyons optimistes : Malt l’incontournable, a mis au point un outil de pointe, nous aurions tort de nous en priver ! Au détours d’infos glanées ici et là, je me plie moi aussi au difficile et périlleux exercice de « mettre à jour mon profil ». Une action qui pourtant ne m’apporte rien de concret : je n’ai rencontré aucun responsable ou décideur. Je n’ai pas partagé d’éclat de rire. Ni la chance ni le hasard ne se sont pointé au détour d’une conversation. Seule certitude : l’algorithme de Malt est bien nourri.

Je voudrais donc rappeler aux lecteurs une chose importante : Malt, tout comme FB, ne sais pas vraiment qui vous êtes et de quoi vous êtes capables demain. Après quelques améliorations dans ma SEO, des propositions de missions sont apparues et je m’en réjouie. Mais dans un monde devenu plus imprévisible que jamais, toutes les formes de prospection doivent être saisies, et pas seulement digitales. Une seule certitude : c’est la qualité de l’homme (ou de la femme) et sa reconnaissance, qui fera la qualité du livrable et des son impact.

Consulter mon profil Malt

 

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